Dossiers - 19/02/09 - Sarkozy et les dividendes

Par Bernard Bornette, membre du Bureau national

Qui donc a dénoncé récemment le "siphonage des profits par les actionnaires" ? Non, ce n'est pas Besancenot, mais Nicolas Sarkozy lors de sa conférence du 5 février.

Souhaitant caresser la gauche dans le sens du poil, il s'est prononcé pour le partage des bénéfices suivant: "1/3 revenant aux salariés, 1/3 qui vont directement dans la poche des actionnaires et le 1/3 qui reste, dans l'entreprise", faisant ici apparaître une considération pour l'actionnaires tout à fait conforme à la vision de la gauche. Cette déclaration est néanmoins la seule indication précise donnée lors d'une conférence tournée vers le "social", avec de multiples propositions vagues et non chiffrées.

Il faut savoir que l'ordre de grandeur du dividende versé par les entreprises, évidemment variable dans le temps et selon les entreprises, est en général de l'ordre de 5% de la valeur de l'action qu'il rémunère. Ces dividendes sont soumis à l'impôt sur le revenu. "C'est encore heureux" diront nos vigilants censeurs, qui oublient donc de calculer que le revenu net après impôt n'est guère supérieur à l'intérêt versé par le "livret A" des caisses d'épargne: 2,5% aujourd'hui, non imposable.

Mais avec quelques différences d'importance: ces dépôts sont parfaitement sécurisés, et immédiatement disponibles, ce qui est loin d'être le cas des actions, comme on vient de le voir avec une dégringolade de 50% de la bourse en 2 ans. Ce que recherchent les actionnaires c'est une augmentation de valeur de leurs actions, ce qui est donc loin d'être assuré, en acceptant de prendre le risque de substantielles moins values. Songez à France Télecom ou Eurotunnel, par exemple. En outre ces plus values, lorsqu'elles se réalisent, sont imposées au taux de 27%, ce qui n'est pas rieNicolas

Il faut surtout rappeler que les salariés bénéficient de la "participation". C'est un dispositif instauré par le Général de Gaulle en ...1969 qui leur attribue, selon des modalités un peu complexes, une participation aux bénéfices calculée en fonction de la valeur ajoutée et directement proportionnelle au salaire. Ce n'est pas exactement un dividende, mais c'est une distribution du résultat obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 100 personnes, et qui pourrait être facilement étendue. Elle est généralement de l'ordre d'un mois de salaire, non imposable.

S'agissant de la répartition du bénéfice, la distribution aux actionnaires est de l'ordre de 30 à 40%. Le discours de Nicolas Sarkozy n'y changerait donc pas grand-chose. Mais en revanche, oublier que les salariés bénéficient déjà de la Participation, parfois abondée par des versements additionnels, et leur réserver en outre1/3 des bénéfices qui aujourd'hui restent dans l'entreprise reviendrait donc à diviser par deux le montant consacré à l'investissement qui passerait ainsi de 2/3 à 1/3 du bénéfice. Ceci réduirait très sensiblement les possibilités d'investissement et donc, à terme, la valeur et la compétitivité des entreprises. Ce qui n'est pas souhaitable.

Nicolas Sarkozy, qui n'ignore évidemment rien de tout cela, s'engage donc dans un processus démagogique et anti économique, avec l'espoir de se rallier quelques voix de gauche.

Le MNR s'est, de longue date, prononcé sur cette question essentielle d'associer les salariés à la richesse qu'ils contribuent à créer. Mais nous nous prononçons pour la diffusion du mécanisme actuel de la participation en l'étendant aux entreprises de moins de 100 salariés, comme c'est d'ailleurs prévu, mais à titre optionnel dans la loi décembre 2008 que Nicolas Sarkozy a déjà oubliée.

http://www.m-n-r.net/news705.htm