Événement, le 13/12/08 La stratégie des islamistes Conférence d'Isabelle Laraque sur la nouvelle stratégie des islamistes
26 novembre 2008, Bombay: la ville, moteur de l'économie indienne, est cruellement touchée par le terrorisme. Bilan: 171 morts, 295 blessés, attentats commis par des jeunes islamistes pakistanais.
Faut-il rappeler que l'islamisme n'est pas une excroissance monstrueuse de l'Islam comme le prétend le Politiquement correct ?
Non, l'islamisme est un fondamentalisme révolutionnaire qui vise le retour à la pureté de l'islam des origines. C'est la résurgence à l'époque contemporaine de l'islam originel qui n'a cédé que sous la pression de forces extérieures comme le colonialisme, les gouvernements laïques du parti Baas en Syrie et de Nasser en Égypte. L'islamisme existait donc dès les débuts; l'islamisme c'est l'islam.
Longtemps assoupi, il s'est réveillé en Iran en 1979 avec l'arrivée au pouvoir de Khomeiny.
Les islamistes sont nos ennemis: ils en ont décidé ainsi. C'est l'ennemi qui nous désigne.
Ils sont porteurs d'une idéologie qui repose sur le ressentiment. Pour mettre un terme à leurs échecs économiques, politiques, militaires, ils croient que '' L'islam est la solution ''
Les islamistes nous ont déclaré la guerre
Mais qu'est ce que la guerre ? S'agit-il de la guerre au véritable sens du terme ?
Non :pour deux raisons:
1) La guerre n'est pas pure violence; c'est une violence organisée. Ce n'est pas une relation d'individu à individu, ni un simple combat de brigands ou de pirates mais une relation d'État à État. L'homme ne devient soldat qu'après avoir été citoyen.
Certes, ce sont des individus qui combattent mais ils le font en tant que membres d'un Etat. Le but de la guerre est la destruction de l'État ennemi. Et d'après ce qu'on appelait au dix-huitième siècle, ''le droit des gens'' (nous dirions aujourd'hui le droit international), l'ennemi n'a plus le droit de tuer l'autre une fois désarmé: ayant cessé d'être un combattant, il a cessé d'être un adversaire... La mort de l'ennemi n'était donc pas nécessaire à la gloire du vainqueur. La compétition, la rivalité de prestige suffisaient.
Non seulement, le lieu et le moment du combat étaient fixés d'un commun accord, mais les deux parties se croyaient tenues de ne pas violer les règles parce que la victoire n'aurait plus eu de prix si elle avait été remportée avec des moyens déloyaux. Le recours à ce que Kant appelait les ''honteux stratagèmes'' (exemples: assassinats, empoisonnement des rivières) ruinait dans l'avenir, la confiance entre les États.
La Guerre ainsi conçue, exaltant des valeurs sublimes, honneur et courage, cela semble relever aujourd'hui de la guerre de chevalerie ou comme on dit de la ''guerre en dentelles''.
Déjà les bombardements de civils, surtout l'existence des armes thermonucléaires ont changé le sens de la guerre et rendu dérisoires les beaux discours kantiens, hégéliens ou nietzschéens sur l'action régénératrice de la guerre et le courage des peuples.
A fortiori les combats d'aujourd'hui....
2) La guerre n'est pas pure violence: c'est un acte politique qui surgit d'une situation politique; ''C'est la continuation de la politique par d'autres moyens'' selon la formule de Machiavel reprise et développée au dix- neuvième siècle par le général prussien Carl Von Clausewitz qui écrit: ''La guerre n'est pas une fin en soi; c'est un moyen dont dispose le politique pour réussir à atteindre ses objectifs''.
C'est donc le militaire qui est subordonné au politique, et non l'inverse.
La guerre, dans son essence, ''la guerre réelle'' (Clausewitz) a pour but la victoire et le désarmement de l'ennemi.
Or Clausewitz admet aussi que la guerre puisse pousser chacun des ennemis à des extrémités: c'est alors ''la guerre absolue'' livrée au déchaînement des passions sans aucun respect pour les règles convenues. ''L'ascension aux extrêmes'' est d'autant plus à craindre, que la violence échappe à la direction du chef d'État. Il n'y a plus coïncidence entre l'objectif militaire et le but politique; La guerre risque alors de prendre la place du politique... Ce que Clausewitz entrevoyait avec un plaisir mêlé d'effroi, nous le vivons aujourd'hui.
Avec l'islamisme, sommes-nous encore dans une logique de guerre ? De guerre réelle ? '' guerre en dentelles '' sûrement pas.
Puisque ce n'est ni un combat loyal entre citoyens, ni une continuation de la politique; Il s'agit alors de ''guerre absolue''
Convient-il alors de parler de stratégie dans le cadre du terrorisme qui est une action clandestine dirigée contre des civils désarmés ?
Convient-il de parler encore de stratégie alors que nous sommes entrés dans une ère d'imprévisibilité de la violence ?
La stratégie, c'est l'art de vaincre, c'est la conduite des opérations militaires qui vise à assurer la victoire en temps de guerre. Le stratège qui a une vue d'ensemble, envisage le long terme, par rapport au tacticien qui n'a que l'art de mener une bataille. Le stratège calcule les risques, les forces et les moyens: à quoi bon remporter une bataille supplémentaire si c'est pour affaiblir ses troupes ? Stratégie offensive, défensive ? Stratégie de dissuasion ? Stratégie des armes ou stratégie politique (ruse, dissimulation) ? les deux probablement...
S'il convient de parler de stratégie pour des gens qui ne sont ni diplomates ni soldats, en quoi cette stratégie est-elle nouvelle ?
Nous verrons:
1) Ce qu'est le Djihad.
2) Ce qu'est Al Qaïda et quelle est sa stratégie.
3) En quoi consiste la nouvelle stratégie en l'illustrant par des faits survenus au Proche et Moyen-Orient ainsi qu'en Afrique du nord.
1) L'islam c'est le djihad donc la guerre, disons plutôt la guerre absolue.
Le Djihad: Écartons les sens métaphoriques :
- Résistance à soi-même ! combat personnel qui permet de repousser tout ce qui pourrait éloigner de Dieu; laissons les angéliques bobos privilégier cette interprétation! Les islamistes ne sont ni stoïciens, ni chrétiens !
- Résistance à Mc World... Résistance à l'américanisation du monde comme aux sirènes de la consommation. Thèse de l'américain Benjamin R Barber. Certes, l'ogre américain est en train de tout dévorer. La culture américaine au sens large (mode vestimentaire, fast-food, musique, cinéma, et chaînes TV déversant sexe et violence), est devenue la culture mondiale.
Face à ces marchés mondiaux fondés sur la consommation et le culte du profit, çà et là des peuples résistent, revendiquent leur culture, leurs traditions: dans cette perspective, la résistance des musulmans serait comparable à celle des Bretons, des Basques ou des Catalans...
Or la résistance des musulmans ne s'explique que très partiellement (voire pas du tout) de cette façon et comme l'écrit G. Faye: ''Il est stupide de croire que l'islamisation nous préservera de l'américanisation; ces deux processus de déculturation marchent la main dans la main''. En effet:
- Djihad et Mc World sont tous deux en guerre contre l'État-Nation.
- Impérialisme américain et fondamentalisme islamique ont fait bon ménage pour financer les talibans, pour s'unir contre l'Europe (cf. Alexandre del Valle). La colonisation de l'Europe par l'islam sert les intérêts américains parce qu'elle l'affaiblit.
Mc World sait utiliser Djihad: engagement des Américains et de l'Otan aux côtés des bosniaques musulmans.
Vice-versa Djihad sait utiliser Mc World: l'Arabie saoudite a su s'adapter aux méthodes des USA pour racheter des palaces Parisiens, des chaînes de télévision ou de radio afin de contrôler les médias occidentaux.
Si les islamistes détestent les USA, ils détestent tout autant la vieille Europe et la Russie.
Ces sens métaphoriques écartés, qu'est ce que le djihad ?
Le djihad, c'est la lutte armée des croyants contre les infidèles et les incroyants, la guerre sainte dont le but définitif est de conquérir le monde entier et de le soumettre à la loi islamique.
C'est une obligation communautaire, un devoir religieux. Dans l'islam, la guerre fait partie de la religion ;des chapitres du Coran traitent de la guerre ;Mahomet lui- même a participé à environ 80 combats. Or la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison. Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste.
Aujourd'hui, derrière tous les conflits de la planète,( sauf en Irlande), on retrouve l'islam, de l'Afrique à l'Asie du sud-est, en passant par le proche et Moyen orient.
2) Avec Al Qaïda: Nous sommes entrés dans une guerre imprévisible.
À l'heure actuelle, nous sommes plongés dans un déséquilibre total: paradoxalement, en Europe, nous sommes entrés à la fois dans le crépuscule de la guerre, comme en témoigne en France la suppression du service national et dans une ère d'hostilités imprévisibles.
D'une part, nous sommes soi-disant dans l'ère des guerres propres, technologiques, des frappes chirurgicales, du ''zéro mort''. D'autre part, nous assistons à une violence aveugle avec mépris total de l'adversaire.
Nous ne sommes pas aux prises avec une entité politique clairement identifiée...
D'où le conflit asymétrique.
Nous avons défini la guerre comme une relation d'État à État. Or Al Qaïda n'est pas un État. Il n'y a pas d'idée de l'État dans l'islam, il n'y a que la communauté des croyants: l'Oumma .
Al Qaïda signifie en arabe: ''la base'', base militaire, la base du djihad qui a des relais efficaces sur les cinq continents. Née au début des années 80 dans le combat des forces d'occupation soviétique en Afghanistan, c'est aujourd'hui un ensemble flou, difficile à définir. Ce sont des réseaux partageant la même foi et visant à restaurer l'islam des origines.
Le WEB, la toile d'Al Qaïda est elle-même un vaste réseau de sites (on en aurait recensé plus de 5000 !), de blogs, de forums...
Si Oussama Ben Laden est un fédérateur, il n'a aucun poste officiel en tant que chef militaire ou chef religieux. Il est le centre de ce qu'on appelle la ''Fraternité'' Ben Laden. Armée de l'ombre, internationale de la terreur dont le noyau dur est estimé à 300, 500 membres. Mais l'ensemble est difficile à chiffrer puisque la plupart sont inconnus ou clandestins: 10 000, 20 000, davantage ?
3) La stratégie de l'Islamisme
L'islamisme vise l'expansion: comme tout politique il use de la stratégie du lion et du renard: force et ruse , deux qualités du Prince selon Machiavel, jusque-là rien de vraiment nouveau .
Le lion: Force militaire et force économique, les talibans surgissent en 1994 bien armés et bien entraînés, dotés d'importantes ressources financières.
L'islamisme a aussi recours à la force des symboles, il frappe les esprits avec une symbolique: Le chiffre 11, ''l'armoirie du pêché '' selon Saint Augustin.
Bref rappel:
11 septembre
11 avril 2002: attentat devant la synagogue de Djerba, 21 morts.
11 mars 2004: attentats de Madrid.
11 mars 2007: attentat suicide dans un cybercafé de Casablanca.
11 avril 2007: attentats suicides simultanés à Alger.
11 juillet 2007: attentat suicide à 100 kilomètres au sud est d'Alger.
À Bagdad:11 attentats suicides dans la journée du 14 septembre 2005, bilan 150 morts.
Le renard: la ruse. Elle est dissimulation, elle agit dans l'ombre.
Mise en place de réseaux associatifs, financiers culturels, l'islam avance masqué: espions, taupes, propagandistes, séduisent et manipulent.
Recrutement qui se fait à partir d'un vaste vivier d'exclusion: dans les mosquées, les universités, les prisons (milieu particulièrement intéressant en France où l'islam est la première religion carcérale).
Cible des recruteurs: les jeunes paumés en mal d'identité tiraillés entre les deux cultures, les musulmans peu pratiquants, les non musulmans.
Les nouveaux convertis sont particulièrement recherchés pour le terrorisme.
Ils attirent moins l'attention en raison de leur apparence, leur nom, leur nationalité, le fait qu'ils possèdent des papiers européens. Enthousiastes, ils veulent démontrer la profondeur de leur croyance.
Notons toutefois l'extrême diversité d'origine sociale des terroristes. Il n'existe pas de profil type du jeune islamiste: Mohammed Atta, chef du groupe du 11 septembre qui a piloté l'un des deux avions, était un fils de bourgeois égyptien.
Prosélytisme, manipulation: faire de l'État le monopole de la violence et se présenter en libérateurs .
Jusque-là, ils font leur travail d'ennemi, si je puis dire !
Mais, au lion et au renard s'ajoute le serpent:
Le serpent: ce qui relève des ''honteux stratagèmes'' dont parlait Kant.
C'est le coup de poignard dans le dos: la lâcheté efficace étant préférée à l'éthique de l'honneur.
- Enlèvements, prises d'otages, attentats simultanés à la voiture piégée.
- Fusillades aveugles, parfaitement synchronisées contre une dizaine d'établissements fréquentés par des occidentaux de préférence. Or les forces de l'ordre ne sont pas en mesure de répondre à des attaques qui éclatent de partout.
- Fabrication de faux papiers d'identité, visas, cartes de crédit.
- Financements louches, braquages de fourgon chrono poste, de caisses d'hyper marché pour entretenir le terrorisme. L'argent tiré de ces opérations étant ensuite réinvesti dans les commerces de proximité pour être blanchi.
- Création de sociétés fictives, pour permettre d'obtenir des prêts bancaires,
d'ONG écrans :associations de bienfaisance qui sous couvert d'actions humanitaires manipulent de grosses sommes d'argent.
- Racket de prostituées.
- Diffusion de la drogue pour abrutir la jeunesse occidentale: de 2002 à 2008 la production afghane de pavot a progressé de 227%. Surproduction qui permet de brader l'héroïne dans les pays riches pour y susciter une nouvelle clientèle.
- Décapitations et égorgements soigneusement mis en scène, filmés et diffusés sur Internet dans le dessein de semer la terreur.
- Attentats suicides. Monstruosités psychologiques, pour deux raisons: le suicide étant une pratique interdite par l'islam, le suicide étant un meurtre de soi pour convenance personnelle et un acte commis faute de pouvoir tuer l'autre. Celui qui se tue ou veut se tuer retourne l'agressivité, la pulsion meurtrière, contre lui-même faute d'avoir pu la diriger sur autrui: on se suicide faute de pouvoir tuer quelqu'un d'autre. Or dans les carnages des attentats-suicides, les choses se passent comme dans les sinistres faits divers où le père après avoir tué ses cinq enfants retourne l'arme contre lui...
- Guerre bactériologique.
Ce type d'armes, peu coûteux, présente l'avantage d'être de fabrication facile. Une petite équipe disposant d'une formation universitaire de premier cycle, est capable dans un laboratoire sommaire de fabriquer une arme bactériologique (toxine botulique, salmonelle).
Le problème majeur de cette catégorie d'armes reste leur efficacité sur le plan quantitatif. Il est difficile en la matière de mener une opération terroriste de grande envergure: son succès dépendrait des conditions météorologiques, le brouillard, la pluie, une rafale de vent peuvent altérer considérablement la virulence de l'arme bactériologique.
On peut envisager des opérations comme la contamination à la source de produits alimentaires: dans une laiterie, une conserverie, ou encore la pollution des réservoirs d'eau urbains .
- Armes chimiques (comme le sarin): armes peu coûteuses encore plus faciles à fabriquer, à manipuler et à stocker que les précédentes mais moins meurtrières que les agents vivants.
Et la biocsine du porc irlandais ? Bizarre, tout de même !
- L'arme nucléaire enfin. Selon des repentis afghans et égyptiens Ben Laden possèderait déjà plusieurs bombes nucléaires rudimentaires
Selon d'autres sources il pourrait en acquérir au Kazakhstan ou dans une autre république musulmane de l'ex-empire soviétique auprès de trafiquants peu scrupuleux.
A) Stratégie nouvelle par rapport à l'ancienne (interne et ponctuelle)
Ponctuelle: On avait alors affaire à des actions organisées, contrôlées avec des objectifs précis:
- Libérer une terre (c'est le cas des Palestiniens dans les années 70).
C'est encore la stratégie du Hezbollah, parti de Dieu (bras armé de l'Iran). Son projet: libérer la Palestine et détruire l'Etat d'Israël.
- Éliminer les partisans du Shâh, comme en Iran après 1979.
Interne:
- Instaurer un régime islamique dans un pays arabe, telle fut la
stratégie de Kootb: s'emparer provisoirement des commandes de l'État égyptien, le soumettre à la Charia.
Mais l'État égyptien n'a pas été si facile à déboulonner. Après plusieurs tentatives d'attentat contre Nasser, Ktoob a été exécuté.
En Algérie, les islamo nationalistes mettaient l'intérêt des Algériens au-dessus de toute autre considération. Ils militaient certes pour l'instauration d'un État islamique mais cantonné aux frontières algériennes. Leur priorité est le changement de régime et non le soutien aux frères moudjahiddines partout dans le monde. D'après eux, envoyer des combattants en Irak aurait vidé l'Algérie de ses meilleurs éléments !
Or, l'État s'est avéré trop puissant pour être pris d'assaut par les islamistes. Alors ils se sont lancé dans sa conquête par le bas, par le grignotage patient de tous les rouages de la société civile (l'éducation, la santé, le crédit) par l'islamisation des moeurs, par l'islamisation de la société.
B) Deuxième temps (nouvelle stratégie): stratégie externe
Nous verrons que la cause nationale ne constitue plus un facteur de mobilisation.
L'arène du combat s'est dilatée à la planète. C'est là encore un effet pervers de la mondialisation. On n'a plus affaire à un terrorisme d'État, à une armée de conquérants s'opposant à une autre armée.
Une internationale terroriste a déclaré la guerre à l'Occident athée comme à ses alliés en vue d'instaurer un ordre islamique mondial.
Pour l'islamisme, comme pour le communisme, autre totalitarisme qui sévit au XXème siècle, l'État est destiné à périr. Ben Laden est un mondialiste, un internationaliste: il n'a que mépris pour les nationalismes arabes.
Même si demain un État palestinien était créé sur l'ensemble des territoires occupés, même si l'État d'Israël disparaissait, cela ne changerait en rien le combat d'Al Qaïda contre ceux qu'ils appellent ''les juifs et les croisés''. Les conflits au Proche-Orient, en Tchétchénie, sont les catalyseurs de l'islamisme, pas la cause.
Cette nouvelle stratégie est une stratégie de rupture: la négociation n'est pas considérée comme un objectif car aucun interlocuteur n'est supposé disposé de la légitimité nécessaire pour négocier.
Ainsi, aujourd'hui le danger n'est plus tellement par exemple Kadhafi, pourtant ancien terroriste. Kadhafi a toujours condamné Al Qaïda et exerce une féroce répression à l'égard des sympathisants de cette mouvance qui ont des bases dans le sud du pays. Depuis 2006, il a rejoint le camp occidental. Ses services secrets collaborent avec les services européens et américains, ce qui pourrait expliquer donc excuser mais non amener à pardonner l'invitation de l'an dernier à Paris et le tapis rouge !
Les faits
Des attentats peuvent éclater partout sur la planète à n'importe quel moment !
Moyen-Orient
Le début des années 90 a été marqué par le retour des vétérans d'Afghanistan. C'est le début d'une vague d'attentats qui vise principalement dans plusieurs pays, les Chrétiens, les policiers, les touristes.
On peut craindre aujourd'hui l'émergence d'une nouvelle génération d'islamistes, celle des vétérans d'Irak, ce pays fournissant un terrain d'entraînement plus efficace encore que l'Afghanistan.
On peut déjà redouter une contagion irakienne: les attentats suicides sont de plus en plus nombreux.
Irak, véritable tournant : en l'espace de quelques mois, l'Irak est devenu l'épicentre symbolique du Djihad mondial...
En renversant le régime de Saddam Hussein qui présentait l'avantage d'être laïc, les Américains ont enflammé les ferveurs fondamentalistes des Chiites et des Sunnites et excité les musulmans dans le monde entier.
Dès le printemps 2003 sont créés les premiers réseaux d'acheminement de volontaires vers l'Irak, et en novembre 2005 deux nouvelles étapes dans l'escalade du fanatisme sont franchies:
- Signalons la première femme kamikaze Européenne, Muriel: une Belge, une paumée qui durant son adolescence avait multiplié les fugues et tâté de la drogue. Certes Muriel, devenue Myriam convertie à l'islam, se fait exploser sur le passage d'un convoi américain !
- En Jordanie (novembre 2005) jusque-là préservée l'attentat à l'hôtel Radisson d'Amman est commis par des Irakiens.
Pourquoi la Jordanie ? Parce que le roi Abdallah a décidé de soutenir l'Occident dans son combat contre le terrorisme.
Pourquoi Amman ?
Parce que c'est la capitale où se réunit la communauté internationale, base de repli pour les sociétés américaines de reconstruction et les hommes d'affaires.
Fait important: des ''Irakiens'' ont frappé en dehors de leur pays.
Passons à l'Afrique:
Cette région du monde possède un intérêt stratégique indéniable: Al Qaïda vise une véritable reconquête de l'Afrique du Nord.
Ce sont les combattants d'Afghanistan qui à leur retour enflamment la région.
Le Maghreb est entrain de passer du terrorisme local au terrorisme global.
Cette nouvelle stratégie vise l'instauration d'un califat mondial et non plus d'un État islamique national.
La logique d'Al Qaïda marginalise les régimes en place. Elle voit dans les gouvernants, Kadhafi, Ben Ali, Bouteflika, des collabos, des apostats, des agents de l'Occident impérialiste et se pose en libératrice de leurs frères musulmans. Même les authentiques frères musulmans d'Égypte sont distancés ! Ce qui est un comble !
Ainsi en Algérie, les islamistes veulent relancer le terrorisme en perte de vitesse et préparer des attentats contre des cibles américaines et européennes.
Après la guerre en Irak c'est le début d'une nouvelle ère du djihad en Algérie: Face aux islamo-nationalistes, c'est l'autre camp visant le soutien actif aux frères Irakiens qui va l'emporter.
La nouvelle organisation a changé radicalement de stratégie et de mode d'action, incitant les jeunes Algériens à ne pas se laisser embrigader dans l'armée pour combattre les moudjahidine .
Le nouveau chef du GSPC (groupe salafiste pour la prédication et le combat) va envoyer en septembre 2003 un communiqué de soutien à Ben Laden, tentant un rapprochement avec Al Qaïda.
Le 11 septembre 2006 le numéro 2 d'Al Qaïda annonçait l'allégeance à son organisation du dernier groupe armé d'Algérie.
L'extension du GSPC s'est faite en trois étapes:
1- Rapprochement avec les combattants de Tchétchénie.
2- Avec l'Irak.
3- Fédérer les groupes salafistes algériens.
À partir de 2004, les déclarations concernant la politique nationale vont peu à peu céder la place à des communiqués axés sur la politique internationale.
Année 2007: année sanglante.
- 13 février: 7 bombes explosent simultanément à Alger faisant 6 morts.
- 11 avril: attentats suicides simultanés en plein coeur d'Alger. Radicalisation du terrorisme, 33 morts et plus de 200 blessés.
- Septembre: tentative d'attentat contre Bouteflika.
Le gouvernement algérien manie la carotte et le bâton. Il a condamné à mort par contumace les chefs, mais les combattants de base sont appelés à se repentir et à rentrer au bercail. Il tente en parallèle d'accentuer le caractère islamique de la république. Le ex Hamas, variante locale des Frères musulmans participe au gouvernement depuis plus de dix ans. Les pouvoirs composent avec les fanatiques et la charia devient la source principale du Droit...
Les États se laissent intimider par les islamistes, préférant hurler avec les loups...
Au Maroc
5 attentats suicides le 16 mai 2003: bilan, 45 morts.
Le GICM (équivalant du GSPC) passe sous la bannière d'Al Qaïda. N'oublions pas que les attentats de Madrid en 2004 ont été perpétrés essentiellement par des Marocains.
Les attentats de 2007 au Maroc sont revendiqués par Al Qaïda au Maghreb.
Bien sûr, les gouvernements algériens et marocains cherchent à rassurer l'opinion, le Maroc surtout, afin de sauver le tourisme. Cela réussit puisque les hôtels ne désemplissent pas et que de nombreux retraités achètent des résidences au Maroc pour couler des jours tranquilles ! Pour combien de temps ?
En Tunisie
Le groupe GICT a intégré Al Qaïda au Maghreb.
On assiste à une réislamisation rampante de la société malgré l'interdiction du voile, les arrestations de plus de 600 islamistes de 2005 à 2007 et bien que les autorités tunisiennes tentent de juguler le départ des combattants volontaires pour l'Irak.
Projets d'attentats contre des ambassades occidentales et des hôtels pendant les fêtes de fin d'année.
Égypte
Entre 1992 et 1999 les violences des islamistes ont fait 1300 morts.
La Jamaa al Islamiya, qui avait préparé en novembre 1997 l'attentat de Louxor, a fini par accepter une trêve et ne fait plus militairement parler d'elle.
Quant aux frères musulmans, tout en professant un retour à la charia, ils se présentent comme des islamistes modérés. C'est un comble ! Aux élections de 2005 ils ont multiplié par 6 leur représentation au Parlement.
On a vu apparaître une nouvelle génération d'islamistes. La menace terroriste est d'autant plus difficile à cerner qu'elle émane désormais de petits groupes incontrôlables qui se multiplient. Ce qu'on appelle ''le terrorisme cheap''.
Ceux qu'on appelle les djihadistes juniors oeuvrent à quatre ou cinq membres, ils utilisent des engins artisanaux qu'ils ont fabriqués après avoir consulté sur Internet des sites radicaux. Leur cible en Égypte ce sont les touristes, Leurs attaques sont ''un mélange de rigueur et d'improvisation'' . Autant la conception des attentats semble avoir été planifiée de façon rigoureuse par des professionnels, autant la mise en oeuvre s'avère approximative, abandonnée à des amateurs.
Exemple: attaquer un centre israélite, un vendredi soir alors qu'il est fermé en raison du début du shabbat...
Cet ''amateurisme'' permet peut être d'expliquer que des attentats de grande envergure prévus au Maroc pour le 11 avril 2007 aient pu être neutralisés...
Le changement de stratégie indique que ce sont donc les combattants maghrébins qui devraient être chargés des actions sur le territoire européen.
Les réseaux terroristes du Maghreb et l'influence d'Al Qaïda dans cette région inquiètent les spécialistes occidentaux du renseignement réunis à Berlin qui craignent une contamination en Europe où l'on risque d'avoir affaire à des terroristes issus de l'immigration du Maghreb. Al Qaïda s'intéresse particulièrement au recrutement d'Européens de souche convertis à l'islam.
Les chefs d'Al Qaïda se trouvent désormais au sud de la Méditerranée et dans cette configuration la France se trouve au premier plan des cibles de toutes les rancoeurs: la France c'est le pays des Francs, des Croisés, mais surtout de la puissance coloniale.
La France, où la loi sur le foulard à l'école a été perçue par les islamistes comme une atteinte à la liberté du culte musulman.
C'est en France, semble-il, que les revendications identitaires sont les plus fortes:
Une étude du ministère de l'Intérieur révèle l'ampleur du succès des sites djihadistes en France. Les sites appelant à la guerre sainte enregistrent des milliers de connexions depuis la France. Ce qui place la France en cinquième position des pays consultants devant l'Égypte et l'Arabie saoudite.
Pour Jean Louis Bruguière, ex-juge français chargé du terrorisme, la situation est beaucoup plus sérieuse qu'il n'y paraît. Al Qaïda cherche à tisser des liens avec la diaspora en Europe. Or l'Europe est un continent fatigué où la population n'oppose pas de résistance.
Même un continent comme l'Australie est touché: dès 2003 des préparatifs d'attentats contre l'opéra de Sydney, la gare, et la Bourse de Melbourne, furent déjoués par la police. Les suspects étaient tous nés en Australie ou naturalisés australiens.
Nous sommes bien entrés dans ce que Clausewitz appelait la guerre absolue.
La politique court derrière la violence...
La ''guerre'' a acquis une autonomie que la politique va de moins en moins pouvoir contenir.
La stratégie est planétaire.
La menace est imprévisible: les islamistes frappent là où c'est le plus facile et le plus voyant. Il est probable qu'ils vont vouloir frapper de plus en plus fort et qu'ils pourront changer de mode opératoire la prochaine fois...
Il est urgent pour l'Occident d'élaborer une stratégie pour parer à cette violence imprévisible qu'aucune institution ne vient plus contenir. Une stratégie à l'égard des seuls musulmans de France ne suffit pas. Il faut une politique à l'égard de l'islam tout entier sachant que l'Oumma n'est pas si homogène et exploiter la division entre sunnites et chiites, et s'attaquer aux problèmes de fond. Ce qui dépasse le politique...
Qu'est-ce à dire ?
La lutte de la raison contre la foi nous expose à un retour autrement plus angoissant de la foi contre la raison.
À la guerre de la raison contre la religion instaurée par les Lumières, succède la guerre de la religion contre la raison.
À la pathologie de la raison (rationalité technique et scientifique débouchant sur diverses manipulations, le clonage en particulier) succède une pathologie de la religion (fondamentalisme).
Dans son fameux discours de Ratisbonne, le philosophe et théologien Ratzinger appelle de ses voeux une raison élargie, une raison théologique. Il nous alerte sur le fait que la raison grecque est en train de disparaître et que cette disparition va laisser la place à un irrationnel déchaîné.
La guerre de la raison contre la foi n'a pas vaincu celle-ci, la preuve: la foi a subsisté en ex-Urss.
Puisse la guerre de la religion contre la raison ne pas triompher !
Les terroristes ont fait savoir qu'ils avaient tout leur temps, que leur notion de temps n'était pas la nôtre (on peut alors parler de stratégie).
Au moment du 11 septembre, il y a eu comme un éclair de conscience, un ébranlement mais il s'est tout de suite apaisé: les gens s'acharnent à ne pas vouloir voir la catastrophe. Il faut constamment réveiller les consciences.
Il faut s'attendre à une surenchère constante dans la violence.
Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire.
Selon le philosophe René Girard, l'actualité des textes apocalyptiques est absolument saisissante.
Mais déclarer que le chaos est proche n'est pas incompatible avec l'espérance.
Comme disait le poète Hölderlin, ''Mais, sur les lieux du péril augmente aussi ce qui sauve''.
L'espérance n'est possible que si nous savons penser les périls de l'heure.
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