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DISCOURS
Saintes (17) - 28/08/09 - Discours de Isabelle LARAQUE
Le Mérite
Discours à la XIe université d'été du MNR

Nous avons choisi cette année d'orienter notre Université d'été sur la notion de mérite ;or il faut savoir que dans le champ idéologique et politique, le mérite est critiqué aux deux extrêmes :
Le gauchisme, encourageant un nivellement par le bas, au nom d'une justice qu'il confond avec l'égalité voit dans le mérite une forme de résurgence du privilège et... le mérite lui inspire l'envie !

Dans une certaine droite, on aurait plutôt tendance à n'admirer que les dons de naissance comme à se délecter de l'aisance et du dilettantisme du maître, et à voir dans la persévérance et l'effort de celui qui '' s'est fait tout seul '', les stigmates de la plèbe, et le mérite inspire le mépris !
Le MNR saura se garder de ces deux attitudes , au contraire, nous considérons le mérite comme une valeur devant être restaurée.

Qu'est-ce que le mérite ?
Si le critère du mérite nous paraît plus juste que celui de l'argent et de la naissance, nous hésitons cependant à en proposer d'emblée une définition.
C'est qu'il présente une ambiguïté selon  qu'on se réfère à son origine grecque ou Chrétienne. Cette question retiendra d'abord notre attention (1)
Puis nous verrons qu'en dépit des inconvénients de la méritocratie (2)
il est urgent de le restaurer (.3)

1°Son ambiguïté.

2 sens :

1) Le mérite c'est d'abord que chacun soit à sa place...
Pour un Grec de l'Antiquité, le monde est un cosmos, un monde ordonné où il existe une hiérarchie naturelle des êtres vivants et des hommes. Chacun dans l'espace social doit trouver sa place et s'y tenir reproduisant en quelque sorte l'ordre du Cosmos .
. Cette société grecque est méritocratique dans la mesure où elle met chacun à sa place selon ses aptitudes naturelles : certains sont faits pour commander, d'autres pour obéir. Le maître mérite de diriger ; L'esclave mérite de travailler et de se soumettre  ;
Il serait donc injuste de traiter tous les hommes de la même manière, car.cela reviendrait à traiter également ce qui est inégal.
La justice est alors justesse : elle consiste dans l'ordre, dans la répartition rationnelle des fonctions et des pouvoirs d'après les dons et les capacités.
;Que chacun accomplisse la fonction pour laquelle il est le mieux doué !Toute permutation est injuste :ex : si le guerrier (race d'argent) occupe les fonctions d'artisan (race de bronze ...)
À chaque compétence, sa fonction !
En vertu de ce qu' il est convenu d'appeler la justice distributive, il ne serait guère envisageable de distribuer des rétributions égales à des hommes inégaux ni d'imposer à un chirurgien des tâches de secrétariat comme cela se voit de nos jours.car alors il ne serait pas à sa place !
Paradoxalement, cette méritocratie est d'une certaine façon la négation du mérite au sens où nous l'entendons le plus souvent aujourd'hui puisque que ce sont les dons naturels qui sont déterminants. Or.imaginons que l'on réserve systématiquement les meilleures places à ceux répondant aux meilleurs tests génétiques  . Cela nous choquerait !
C'est que pour nous à présent, le mérite est aussi autre chose :il ne se réduit pas à sa première signification !



2° Le mérite au sens où nous l'entendons le plus souvent, aujourd'hui,  a une tout autre origine :

C'est le christianisme avec la parabole des talents qui valorise le mérite :
Un maître confie à ses trois serviteurs avant de partir en voyage, une somme d'argent (cinq talents au premier, deux au second et un seul au troisième) ;celui-ci ne le fera pas fructifier, il l'enterrera par peur du maître qui le chassera avec la plus grande sévérité.
Enseignement de cette histoire :la valeur morale de quelqu'un ne dépend pas des dons naturels qu'il a reçus au départ, mais de ce qu'il en fait, pas de sa nature, mais de sa liberté.
C'est une rupture avec le monde aristocratique où la hiérarchie sociale reflète les inégalités naturelles.
Le mérite est la conséquence d'une liberté qui nous affranchit de toutes déterminations naturelles et sociales. 
Nier le mérite c'est nier le libre- arbitre ; c'est affirmer que la volonté, le courage, la persévérance, bref tous les ingrédients traditionnels du mérite sont déterminés par sa nature ou par son éducation :l'honnête homme serait aussi déterminé à être honnête que le criminel déterminé à être criminel !!
À partir du XVIII ème siècle, nous assistons à la glorification du mérite ;
L'homme n'est plus une nature, mais une histoire : nullement programmé, il se définit par la perfectibilité :
 :Le Figaro de Beaumarchais vilipende le comte Almaviva qui s'est donné ''  la peine de naître et rien de plus ! ''
Diderot refuse à la naissance et à la richesse le privilège de conférer la puissance,  leur substitue l'instruction et le mérite intellectuel. Précurseur en la matière, il voit dans les concours le moyen ''  de réduire l'or à sa juste valeur et d empêcher l'argent d'être représentatif de tout mérite ''
La morale de Kant :fondement de la morale laïque, républicaine :enseigne qu'il y a du mérite à bien agir, à faire son devoir, à préférer l'intérêt général à l'intérêt particulier.
Les Lumières ont ouvert la voie à la :

1) Glorification du Mérite :
Opposé à la naissance, à l'argent et au génie, le mérite suppose effort, volonté, travail, mais aussi, persévérance, ténacité et renvoie à la difficulté !
Nul n'a le mérite d'être grand et fort, nul n'a non plus le mérite d'  être calme si tel est son tempérament, nul n'a le mérite de posséder une belle voix.
Le mérite s'oppose à toutes sortes d'héritages : financier, génétique
Il exprime pour un individu la volonté d'être la cause de ce qu'il a et de ce qu'il est.
Le mérite commence par la décision de ne pas rester tels que la nature ou les circonstances nous ont faits.
L'identité du mérite est une identité acquise et conquise.
Le mérite exige que l'individu soit l'artisan de lui-même, de son propre devenir, que sa valeur soit son oeuvre ;
Le mérite est la condition de l'estime et non pas simplement du respect.
.Nous attribuons le mérite à ceux qui se donnent les qualités dont ils étaient dépourvus initialement, qui surmontent les difficultés et les obstacles. Nous attribuons du mérite à ceux qui font des efforts.
Le mérite est toujours malgré. Il implique toujours un bien que sous entendu.Quand on reconnaît du mérite à quelqu'un, on considère ce qu'il a dû parcourir pour en arriver là, les difficultés qu'il a dû surmonter, les résistances qu'il a dû vaincre. L'homme du mérite réussit malgré tous les obstacles qui auraient dû avoir raison de sa volonté ; il réussit par ses seuls efforts là où normalement il aurait dû échouer.
L'homme du mérite est donc celui qui est supposé avoir surmonté ses propres limites, s'être dépassé lui- même ...
Il faut considérer non pas seulement le point où il est, mais d'où il vient et par où il est passé  : si on prend soin d'indiquer qu'un homme est méritant, c'est sans doute pour excuser son échec ou pour justifier ses médiocres résultats.

La glorification moderne (et non contemporaine) du mérite  va de pair avec la glorification du travail : alors que dans l'Antiquité grecque cette activité était méprisée, considérée comme le lot des esclaves :elle devient, dès le dix-huitième siècle le vecteur de la réalisation de soi, moyen de s'éduquer et de s'épanouir, de s'humaniser.
Le mérite sera la Vertu républicaine 
.La morale laïque républicaine est en quelque sorte une sécularisation de la parabole des talents ;elle enseignera une valorisation du travail.
.Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on a reçu au départ mais ce qu'on a fait ! c'est la fructification de ce qu'on a reçu.

À l'opposé du mérite:la paresse !
Dans l'école de la République, l'instituteur préfère de beaucoup l'élève qui n'a pas de dons particuliers mais qui travaille à l'élève qui a des talents mais qui ne travaille pas.

L'envers du décor

-A) La méritocratie substitue la compétition à la hiérarchie :elle jette les individus les uns contre les autres (Cf. Tocqueville : De la démocratie en Amérique tome 2 II chapitre I)
Pas de mérite sans compétition. Que la compétition soit sportive, scolaire, économique, toujours le gagnant est celui qui possède une avance sur les autres...
Ayant détruit les barrières de l'Ancien Régime, les individus se retrouvent de fait dans une situation de concurrence permanente d'où émergent seulement pour un temps les gagnants du jour !
.La société démocratique devient le lieu d'une agitation perpétuelle
.L'homme du mérite c'est l'homme des sociétés démocratiques qui rêve d'accroître sa fortune, d'augmenter son bien-être. Il vit dans une Société de concurrence qui fait place à l'individualisme.
Si chacun est désormais responsable de sa position sociale, l'échec est alors clair net et sans refuge. !

B) Une difficulté surgit : Comment apprécier le mérite ?

:Le mérite qui prétend à sa légitimité se doit d'être à l'abri de toute contestation 
-a) Or nul ne peut savoir avec certitude ce qu'il vaut véritablement.
Nous jugeons le mérite des autres et nous échouons, nous refusons de reconnaître notre propre mérite (.par modestie ou orgueil ?) ;.,Nul ne peut être certain de son propre mérite ; Où est le mérite de celui qui trouve dans la passion l'énergie de son dépassement ?
Nul n'a de mérite à faire ce qu'il aime. L'effort ne suffit donc pas à définir le mérite encore moins l'intérêt !

b) - Le mérite qui a détruit la noblesse est lui-même suspecté :
Il est difficile de produire les conditions objectives permettant de mesurer le vrai mérite. Le mérite définit chacun non par son état, mais par ses performances :
Examens et concours sont des épreuves de vérité or la méritocratie de ces jurys ne permet pas toujours de mesurer le vrai mérite :l'examen et le concours ne sont jamais que des instantanés, certes moins arbitraires que la naissance , mais ils restent aléatoires et contingents tant leurs résultats restent de simples indices ponctuels, et il est difficile de transformer la société en un jury permanent !
Le concours ne permet pas de sélectionner les meilleurs dirigeants pour les fonctions qui requièrent une prise de risque et le sens des responsabilités.
Si les défenseurs de l'agrégation prétendent que le concours donne à tous de chances égales, c'est oublier que là aussi l'origine sociale continue souvent à oeuvrer mais de façon plus secrète.
Si la sélection par les seules mathématiques, la survalorisation de la filière S sont contestables, nous refusons d'augmenter les critères de sélection comme le revendiquent certains ! '' Être pluri sélectif '' en recherchant d'autres critères d'évaluation :le sport, la technologie, la musique. Quelle musique ?le rock ? le rap ? 
Imaginons des bulletins de fin d'études ainsi rédigés : '' nul en maths et en littérature mais premier en décoration de tartes ! ''  Encore une mauvaise idée qui nous vient des USA !!
C'est revendiquer l'accès à l'enseignement supérieur pour des jeunes qui ne maîtrisent pas la langue française et qui seront inadaptés.


c) Les mesures sociales du mérite obéissent à des fluctuations
et des paramètres qui n'ont plus rien à voir avec l'effort, ou la valeur personnelle
L'opacité des mécanismes du marché invalident la méritocratie.
Il devient indécent de faire croire aux exclus qu'ils méritent leur sort.
Que devient le mérite quand les jeunes générations ne peuvent plus espérer vivre mieux que leurs parents, quand le '' descenseur social  ''a pris le pas sur l'ascenseur social ?
De récents travaux montrent que 22 %à 25¨des trentenaires et quadragénaires se retrouvent aujourd'hui plus bas que leurs parents dans l'échelle sociale. Et le déclassement à l'embauche constitue une des angoisses fondamentales de la société française : être recruté sur un poste dévalorisé par rapport à son niveau de formation. 64% des jeunes recrutés dans la fonction publique seraient en effet titulaires d'un diplôme supérieur voire très supérieur à celui normalement requis pour passer le concours. Cette situation laisse planer des doutes quant à la méritocratie scolaire.
Que dire enfin des Bonus, ces primes salariales en en espèces ou en actions versées aux traders ? Elles se veulent des primes au mérite ! Leur montant peut être supérieur de plus de dix fois au salaire fixe !
Or ce système a précipité la crise et voilà que les banques américaines l'ont repris, conduisant les banques européennes à les imiter en particulier :BNP- Paribas.
Une partie de ceux qui ont contribué à la crise sont les premiers à bénéficier de rémunérations flamboyantes ! Nous assistons là à un total dévoiement du mérite.


Restaurer le mérite
S'il convient, malgré tout, de restaurer le mérite, c'est qu'il a été aboli au nom d'une éthique de l'authenticité ''Be Yourself' , être soi-même :on en voit le résultat !
Restaurer le mérite c'est dénoncer cette éthique de l'authenticité imposant à chacun d'être soi-même et abolir l'effort : l ;c'est abolir le devoir, la norme,l'idéal.mais aussi  la beauté : ainsi n'importe quel gribouillage vaut une oeuvre de Raphaël !
L'art contemporain n'admet pas la hiérarchisation des oeuvres le laisser aller s'étale avec arrogance ;les arts plastiques sont ceux où le laisser aller prévaut avec le plus d'arrogance alors que dans d'autres Arts (l'opéra, la danse), l'apprentissage, le métier, comptent encore -et heureusement ! car l'Art c'est aussi du travail !
-Repenser le projet éducatif. On a depuis 68 assisté à une dévaluation des savoirs au profit du dévouement, dévaluation du cognitif au profit de l'affectif. Il faut désormais substituer l'instruction à l'animation, privilégier le savoir et non le pédagogisme.
,Suppression des TPE ces dossiers sur n'importe quoi : ''  le rock '', 
''  le cheveu '' présentés par les élèves et notés
Ne pas sous prétexte d'interdisciplinarité privilégier le travail en équipe ce qui permet à un éventuel mouchard de contrôler ce que disent les collègues.(Même les Bolcheviques n'y avaient pas pensé ! )
Ne pas réduire l'école à un lieu d'épanouissement et de vie !
Il faut revaloriser le baccalauréat, développer des bourses au mérite.
Être exigeant sur le niveau des étudiants étrangers accueillis au sein de nos universités quitte à ne pas remplir toutes les filières.
Empêcher ou sanctionner sévèrement les trafics de diplômes : comme cela s'est produit récemment à Toulon où plusieurs dizaines d'étudiants chinois auraient versé des pots-de-vin pour obtenir leur licence ou leur master.
Restaurer le mérite, c'est permettre au Français de souche qui travaille de ne plus loger dans des roulottes ou des caves et d'accéder à un logement décent. C'est lui qui mérite en priorité les logements en HLM ! non l'immigré avec ses trois femmes et ses huit gosses ? non seulement celui--ci n'est pas à sa place et quels efforts a-t il fourni pour obtenir ce toit? A-t-il pris la peine de parler notre langue ? de connaître notre culture ? d'adhérer à nos valeurs ?




Conclusion :
Le mérite n'inspire au MNR ni mépris, ni envie !
Mépriser le mérite c'est nier la liberté et la valeur du travail.
Envier le mérite comme on enviait, sous l'Ancien Régime, les privilèges, c'est se mettre au niveau d'une ultra-gauche animée par le ressentiment.
Renoncer au mérite, c'est revenir à l'arbitraire et c'est désespérer de la liberté, de la responsabilité, comme de la justice.
Il faut restaurer le mérite, car c'est restaurer l'ordre.
-Que chacun occupe la place qu'il mérite de par sa nature et aussi de par ses efforts et son travail !.
Il faut revendiquer le mérite constamment stigmatisé au profit du partage et de la solidarité !
À ceux qui revendiquent la France pour tous,
À ceux qui prétendent qu'il faut encore davantage d'immigrés
À ceux qui au nom de la mondialisation, veulent réduire notre pays à un lieu de loisirs et de tourisme et confisquent nos plages, nos montagnes nous rétorquerons que la France, elle se mérite !

Isabelle LARAQUE


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